Journal "Le Parisien"

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Le drame des cimetières français

Par Catherine Tardrew   Le 17 mars 2005 à 00h00

SES AIEUX, dont « une arrière-grand-mère qui fut la première institutrice du village », sont enterrés à Palestro (aujourd'hui Lakhdaria) à 80 km d'Alger. Albert Marsot, 64 ans, routier à la retraite, vient d'apprendre que les deux caveaux où repose une partie de sa famille se trouvent dans l'un des 62 cimetières français d'Algérie dont les 3 000 à 4 000 sépultures seront regroupées dans 16 cimetières proches. L'arrêté ministériel est paru dans le « Journal officiel » (français) du 14 janvier. Les familles ont jusqu'au 15 mai pour se décider : accepter de voir les leurs rejoindre une tombe collective, ou... rapatrier les dépouilles. A leurs frais. Albert Marsot n'est pas « totalement contre » mais déplore « de devoir se décider si vite. » « Je ne sais même pas ce qu'il y a là-bas, s'il reste quelque chose. En quarante ans, il y a eu des déprédations. Je voudrais surtout savoir si les os de mes ancêtres sont encore là... » Lieux de mémoire du temps où l'Algérie était la France, les 523 cimetières français d'Algérie sont chers au coeur de Jacques Chirac. Lors de sa visite à Alger de mars 2003, il avait annoncé aux côtés d'Abdelaziz Bouteflika « un plan de coopération relatif aux sépultures civiles en Algérie ». Les choses ont été rondement menées. Il aura fallu moins de deux ans pour faire un état des lieux, et entamer des travaux dans les cimetières susceptibles d'être réhabilités.

Déjà, quelques milliers de pieds-noirs sont retournés sur leur terre natale. A Alger, Oran ou Annaba, le pèlerinage a été, sinon facile, du moins pas trop pénible. Reste ces petits cimetières de campagne à l'abandon depuis l'indépendance, disséminés dans tout le pays, et où parfois une demi-douzaine de dépouilles seulement a été ensevelie.

« Ils sont souvent dans un état déplorable, quand ils existent encore, déplore Jacques Cavanna, président de l'Association de sauvegarde des cimetières français d'Algérie (Ascfa). Au vandalisme, pillages et déprédations se sont ajoutées dix années de terrorisme : les groupes islamistes ont utilisé cimetières et caveaux comme caches d'armes. Fallait-il pour autant prendre une décision si radicale ? s'insurge-t-il. Il s'agit de leurs morts ! Quant au transfert des cendres, il peut se révéler d'un coût exorbitant. » C'est pour cela que Jérôme Rivière, député UMP des Alpes-Maritimes, propose que « la France et l'Algérie prennent en charge les transferts ».

Fabienne Latapie, qui préside l'Association de sauvegarde des cimetières d'Algérie (Asca), estime préférable que « les familles ne fassent pas revenir leurs morts », mais juge « essentiel que les autorités algériennes érigent des monuments ou installent des plaques commémoratives » sur ces lieux de mémoire. Cela suffira-t-il pour apaiser les âmes des défunts, et celles de leurs descendants